Frédérique est pudique et ne sait pas trop comment parler de ces choses-là.
Alors plutôt que de dire, elle a choisi d'écrire et elle se débrouille fichtrement bien.
Elle en a m^me fait un manuscrit qu'elle gardait de côté et qu'elle a finalement bien voulu partager avec nous.
Frédérique, nous te remercions très sincèrement de ta très grande confiance et voici donc le premier épisode de "la princesse aux petits pois".
Et comme il n'y a pas qu'un seul chapitre à cette année menée par le bout des mots (des maux), je vous offrirai chaque lundi, comme un feuilleton un épisode de la saga de Frédérique.
Je vous souhaite une très belle lecture et venez tous et toutes nous laisser un commentaire si l'envie vous vient.
"La princesse aux petits pois : Episode 1
Février 2008
J'ai 43 ans, deux jeunes enfants (deux ans et demi et huit ans et demi), une vie amoureuse stable et heureuse, un boulot que j'adore, un blog qui commence à bien marcher, un projet de déménagement au soleil dans les tuyaux... Bref, tout pour être heureuse. Jusqu'au jour où...
En me mettant de la crème ce matin-là, j'ai senti trois petites boules à la périphérie de mon sein droit. Trois minuscules boules alignées qui roulaient sous les doigts. Je me crème tous les jours car j'ai la peau très sèche, et c'est la première fois que je remarquais ça. Aussitôt, une sirène d'alarme s'est déclenchée dans ma tête, comme si je m'y attendais depuis toujours, comme si je savais déjà.
Voici le récit (tiré de mon blog et de mes carnets persos) de cette année très particulière, année durant laquelle j'ai été au centre de toutes les attentions... comme une princesse !
25 février 2008
La catégorie que j'aurais bien voulu ne pas créer
J'ai aussi pensé intituler cette nouvelle catégorie Me and my monkey (mon père appelait ça "son crabe"), mais j'ai finalement opté pour Vincent, Paul, François et les autres en référence aux petites billes qui vont m'empoisonner la vie. Trois petites billes (jusqu'à nouvel ordre) dans mon sein gauche. Trois petites billes cancéreuses. Youpi ! Youpi !
Chronologie des faits :
• découverte d'une petite boule dans mon sein il y a un mois.
• visite chez mon médecin dans la foulée qui n'a pas l'air de s'inquiéter mais m'envoie quand même faire une mammo.
• journée d'enfer à l'hôpital du Mans le 11 février où on me fait, en plus de la mammo (avec un appareil barbare qui, en une minute, vous transforme des seins en pomme en seins en poire), une échographie, une palpation musclée (imaginez Chabal vous pétrissant les seins comme de la farine) et une biopsie.
• prise de sang entre-temps qui ne montre rien d'alarmant.
• résultat de la biopsie mardi : cancer.
• coup de massue mercredi, quand la secrétaire de mon médecin me sort les grands mots : "ablation totale du sein" et "chimio" avec cette recommandation : "Laisse-toi aller, craque un bon coup, plonge au fond et après tu ne pourras que remonter".
Me laisser aller, moi, la championne du monde de dézinguage de pensées noires ? Elles ont à peine le temps d'apparaître en marge de mon cerveau que, vlan, un grand coup de sabre laser dans leur sale tête.
J'ai donc encaissé et je suis rentrée à la maison telle un zombie, incapable de rien d'autre que de me mettre au lit avec mes petites billes et ma grosse boule d'angoisse qui m'écrabouillait les intestins et me glaçait l'intérieur. Je suis restée là, immobile, les yeux fixés au plafond, K.O.
Il aura suffi d'un coup de fil de mon chéri pour ouvrir les vannes. J'ai pleuré comme j'ai rarement pleuré (au point de faire fuir mon chat qui était venu se pelotonner contre moi) et j'ai laissé toutes les mauvaises pensées - même les pires - m'envahir. Et elles ne s'en sont pas privées, les coquines. J'ai pensé à mes loulous, à mon chéri, et j'ai pleuré, pleuré, pleuré comme on le voit parfois dans les films et qu'on se dit que c'est quand même un peu exagéré. Ca lâchait de toute part. Ca a duré une heure ou deux, je ne sais plus. J'en suis ressortie vidée, exsangue mais au moins la boule d'angoisse avait dégonflé. Je sais bien qu'elle va revenir, mais sur le coup ça m'a vraiment soulagée.
• Jeudi, rendez-vous avec ma gynéco et celui de l'hôpital qui doit m'opérer. On y est allés comme à l'abattoir. Les intestins pulvérisés de trouille, les dents qui claquaient comme par grand froid. Et curieusement, c'est le rendez-vous que je redoutais le plus qui s'est le mieux passé (il faut dire que j'étais shootée au Lexomil). Quand il est arrivé, le "grand homme" ne savait visiblement pas comment nous annoncer la nouvelle. On lui a facilité la tâche en disant :
- On sait, c'est un cancer, et ça veut dire ablation du sein et chimio.
- Un cancer, oui, mais il est hors de question de vous faire une ablation pour le moment.
D'après lui, même s'il y a plusieurs nodules, ils sont suffisamment rapprochés pour pouvoir juste ôter la zone infestée d'autant plus qu'ils sont tout petits et pas agressifs. Ce qui ne veut pas dire qu'au vu des résultats, il ne faudra pas que je repasse sur la table d'opération. Mais bon, c'est déjà ça de gagné. Quant au traitement, tout dépend des analyses qui suivront l'opération. Donc, pour l'instant, pas question de chimio, même si ce n'est pas exclu.
Et voici maintenant le planning des réjouissances :
• entrée à l'hôpital le 5 mars pour une série d'examens
• opération le 6 mars
• sortie le 8 mars
• vacances le 10 mars (on avait prévu d'aller à Center Parcs et on y va, même si je ne pourrai pas me jeter la tête la première dans la rivière sauvage)
• résultats le 14 mars avec annonce du protocole spécialement concocté pour moi.
Notre projet toulousain reste d'actualité, même si ça va compliquer les choses en matière d'emprunt. On a encore des petites choses à vérifier avec l'agence et on voudrait revoir la maison une dernière fois avant de faire une proposition. Reste à savoir quand on pourra redescendre sur Toulouse.
Je n'avais ni l'envie ni le courage d'appeler tout le monde, d'où ce billet. Je vous promets de vous donner régulièrement des nouvelles sur ce blog et de ne pas perdre mon humour quoi qu'il arrive.
En attendant, je vous demande de ne pas nous passer de coups de fils éplorés à moi ou à mon chéri (et encore moins aux enfants - pour le moment, on va juste leur dire que j'ai besoin de me faire soigner à l'hôpital quelques jours et C'EST TOUT). Pas de "alors ?" larmoyants. Pas de pleurnicheries. La compassion, au lieu de me réconforter, me fait flipper (ça me replonge dedans). Il nous faut du positif, du gai. Je compte sur vous.
Ca aurait pu être plus grave
Dans les moments de gros flip, je me dis que ça aurait pu être pire :
• les enfants vont bien
• mon chéri n'a pas eu d'accident de la route
• personne n'est mort, handicapé ou dans le coma
• on n'est pas victimes de massacres ethniques
• ce n'est pas Creutzfeld Jacob ni Halzheimer
• un avion ne s'est pas jeté sur une centrale nucléaire
• je n'ai pas été défigurée dans un accident..."
La semaine prochaine sur "Parle avec Elles : You're talking to me ? YOU'RE TALKING TO ME ???
Le blog de Frédérique, c'est ICI
Frédérique est aussi sur Facebook
Et sur Twitter
Commentaires récents
Tu vois Sophie, tu peux redémarrer doucement, peu ...
Absolument d'accord avec toi...tout est dit...MERC ...
Je crois que chacune ici apporte et vient chercher ...
Mony, Je viens de lire tes propos et je voulais ...
Merci Mony de ce texte de révolte oui rien ne sera ...