Je ne donnerai pas les prénoms des personnes dont je parle ici ni même vous décrire la situation précise.
En fait, je vais me servir de ce que je viens de vivre il y a quelques jours pour vous parler de la façon dont l'entourage vit l'annonce d'un cancer ou encore d'une récidive.
Il se trouve que je suis souvent l'intermédiaire, celle qui annonce les mauvaises nouvelles aux autres.
Je ne sais pas pourquoi mais c'est comme cela.
Une autorité supérieure a du penser que j'étais plus forte que les autres pour supporter les premiers coups.
Aussi, apprenant l'apparition d'un cancer secondaire d'une personne que j'aime beaucoup que je connais grâce à l'une de ses vieilles copines d'enfance, je men vais prévenir la fameuse copine qui quant à elle se débine à toutes jambes...
"Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi dire, je serai en trop dans sa vie, elle n'a pas besoin de moi..."
Voila en gros ce que je retiens de son mail.
Je comprends ce qu'elle ressent, sans doute beaucoup de chagrin, la peur, le "fameux, c'est trop tard, il n'y a plus rien à faire pour elle alors à quoi bon?"...
Et puis écoutant une émission de radio ou Franz-Olivier Giesbert raconte son dernier livre, je note frénétiquement les mots qu'i nous offre : "il ne faut jamais dire que l'on a un cancer sinon d'un seul coup, on ne reçoit plus d'invitations, plus un coup de fil, plus rien, c'est comme si on n'existait plus".
Et là, je m'en vais perplexe...
Mais que fait l'entourage bon sang !
Mais qu'est-ce que cela veut dire?
Coucou Sophie,
Je me souviens que nous en avions parlé l'année dernière et que tout le monde s'accordait à dire que l'annonce était difficile et les réactions souvent réticentes...
Mais le problème, je pense, est que l'annonce nous renvoie à nos propres peurs de la maladie et de la mort. On se projette inconsciemment et c'est difficile de dépasser le sentiment de ne pas être "à la hauteur". C'est une façon, je pense, de se protéger ; injustifié, certes ; mais très humain, non ?
Tu as raison véronique, c'est une façon de se protéger.
Et finalement, je me pose maintenant beaucoup de questions sur l'amitié.
On pense aimer les gens et quand quelque chose leur arrive, il n'y a plus personne.
En fait si, il y a souvent des personnes qui arrivent sur le chemin.
Bien différentes de celles que nous pensions être nos amis.
La vie est si étrange parfois.
C'est ce qui me fait dire aujourd'hui que la vie est un long fleuve imprévisible et truffé de surprises, bonnes et mauvaises.
C'est souvent mieux de s'avouer "faible" face à l'adversité.
Cela n'aide pas la personne affaiblie d'être entourée de personnes qui ne savent ni quoi faire ni quoi dire.
Par contre, je me dis aussi qu'il n'est pas obligé d'agir par des mots.
Les gestes aident aussi, comme recevoir une jolie écharpe pour tenir chaud dans les moments de froid ou un vernis foncé quand on aborde une nouvelle chimio.
Tu en penses quoi Véro?
J'ai eu aussi ce genre de réactions mais très peu finalement. Cela m'a permis au contraire d'avoir des révélations sur des vrais Amis qui étaient autour de moi et que je n'avais pas encore vus à leur juste valeur.
D'une façon générale les hommes autour de mal avaient plus de mal à communiquer que les femmes...
Parfois aussi une personne réagit mal à l'annonce, puis, le choc passé, elle reviens doucement...
Le choc est assez dur a encaissé pour nous, lorsque le diagnostic est définitivement posé. On n'a pas en plus besoin dans l'entourage de personnes qui paniquent ouvertement, quelles qu'en soient leurs raisons. Alors tous ceux et toutes celles qui ont trop peur, qui ne se sentent pas la force de nous accompagner dans ce parcours incertain et semé d'embûches doivent se retirer dès le départ. On a besoin d'être fortes, on a besoin d'appuis solides et durables et de savoir sur qui on peut compter. Pour ma part, lorsqu'à la veille de mon opération j'ai arrêté le travail, moins de la moitié de mes collègues étaient au courant. J'ai laissé le soin à ma super collègue/copine, qui me soutient et a su rester naturelle, de leur annoncer. Et là, blom, "Oh mince, elle est jeune..."Et ça, c'est une phrase que j'ai entendue des dizaines de fois, et que je ne peux plus supporter. Quoi qu'il en soit, j'ai repris le travail à mi-tps thérapeutique cette semaine et j'appréhendais fortement certaines réactions, d'autant que je suis encore en soins. Mais tout c'est bien passé, tout le monde au travail a su se comporter de manière naturelle et chaleureuse.
Et pour ma part, ce que j'attend de mon entourage, c'est du naturel, de la conviction et surtout pas d'appitoiement. Je pense que quelqu'un pour qui vous comptez vraiment saura toujours surmonter ses doutes et ses angoisses et faire front à vos côtés.
Oui, sujet déjà évoqué mais on peut toujours y revenir, car il y a des éléments à rajoutter ou ça permet à d'autres d'y participer. La traversée de cette maladie permet de faire le ménage dans ces amitiés et relations, avec les bonnes et les moins bonnes surprises, mais au finale on sait après ou sont nos véritables amis.
Je suis d'accord avec vous, l'annonce change forcément les relations et met à l'épreuve nos amitiés.
Je comprends Anne qui dit qu'on a besoin de gens solides autour de soi ; et justement, l'entourage ne se sent peut-être pas assez solide des fois pour apporter un vrai soutien.
Sophie, tu as raison, même des petits gestes suffisent, juste pour manifester une présence et un "je pense à toi". Mais quand on n'est pas préparer à ce genre d'événement pour une personne qui nous est proche, on a l'impression que c'est futile, et qu'il faudrait faire plus... et si on ne sait pas quoi faire de plus (qui demande forcément de franchir quelques unes de nos barrières personnelles), ben on ne fait rien...
C'est vrai que c'est regrettable et qu'on passe, je pense, à côté de quelque chose d'essentiel dans la vie : montrer l'attachement qu'on a pour une personne (dire aux gens qu'on aime, qu'on les aime !).
Mais je pense aussi que ce n'est pas si simple et que de voir quelqu'un qu'on aime souffrir ou avoir peur est très difficile...
Les gens qui se manifestent moins ne sont pas forcément moins touchés par ce qui arrive.
Les rapports d'amitiés sont assez complexes et quoiqu'il en soit, je ne cherche d'excuse à personne, et trouve aussi que l'entourage doit être présent (amis et famille) ! :-)
hello à toutes,
en fait j'ai mis un peu de temps à me decider à repondre à cet post de sophie parce qu'il me touche bcp. ma meilleure amie est partie lorsque je lui ai annoncé mon cancer. Elle a préféré vivre son histoire d'amour naissante plutot que de m'entourer même un peu, de son amitié et de sa tendresse.
Elle est partie mais effectivement d'autres se sont révélés.
Et puis, enfin j'ai découvert des soeurs de combat, une communauté chaleureuse de femmes qui elles, ont été là, ont su m'accompagner dans ce long chemin. Des amitiés virtuelles qui sont devenues des amitiés dans la vraie vie, des amitiés evidentes parce que c'est un peu comme si on se reconnaissait, on a tant de choses en commun.
Le bilan : des amitiés perdues, mais d'autres fidèles, encore plus fortes, encore plus vraies.... je ne regrette rien.
Bisous bisous
Coucou à tous et toutes,
Je rejoins Anne lorsqu'elle dit :"on a besoin d'appuis solides et durables et de savoir sur qui on peut compter".
A l'annonce de mon cancer et au vent de panique que cela a provoqué chez certains proches, j'ai décidé très vite d'être un peu égoïste et de penser d'abord à moi. J'ai fui les négatifs, les pessimistes, tout ceux dont les yeux disaient ma condamnation.
Par contre j'ai, moi aussi, (re)découvert des gens, simples contacts auparavant, qui se sont révélés extrêmement réconfortant.
Alors, oui, l'entourage est souvent à la hauteur mais la plupart du temps c'est la composition même de l'entourage qui a changé. Le cancer a cette faculté de nous permettre d'y voir un peu plus clair... Une autre vie démarre avec d'autres amitiés... qui viennent s'ajouter à celles que l'on a pu garder. ( Et celles-là, celles qui ont bravé les tempêtes ont un gout d'indestructible.)
Bisous ensoleillés
Mony
Il est vrai que d'autres amitiés se révèlent aussi.
Bonjour à vous toutes C'est vrai l'entourage n'est pas toujours à la hauteur de ce que l'on attend. Mais peut-être que les personnes ne savent tout simplement pas quelle attitude adoptée. Ils sont autant atteints psychologiquement que nous. Mais ils sont sensibles et très contents quand nous-même sommes capables de leur montrer la voie et d'établir le dialogue. Je peux vous certifier que cette démarche est encore plus bénéfique pour nous-même que pour eux. Bonne journée à toutes. Jeannine
Dans mon entourage, j'ai aussi pu apprécier les personnes de tous les jours qui m'ont bien soutenu et pour qui j'ai un vrai sentiment d'amitié. Avant, j'avais du mal à définir l'amitié et définir mes amis. Maintenant, c'est beaucoup plus clair pour moi : des personnes qui m'ont témoignée leur délicate attention (par téléphone, courrier, mail, SMS .... ) avec des sentiments sincères. Même si ce n'est qu'une fois, elles m'ont rappelée que j'existais pour elle. Bien sûr, il y a toutes celles qui me demandaient des nouvelles après chaque traitement, qui ont étaient très proches et dont j'apprécie leurs paroles, gestes ... Les liens sont bien sûr plus profonds avec elles.
Ce n'est pas toujours évident pour tout le monde. Un jour, une amie m'a dit qu'elle ne savait pas quand elle devait venir me voir sans me déranger. Comme j’étais aussi désorientée, je lui ai répondu que moi non plus. Quand je suis trop fatiguée, je me barricade et je l'étais souvent. Je suis quand même sortie tous les jours, en me forçant certains jours.
Je me montrais aux gens qu’après un certain repos (souvent pas avant 17 h 00 après une journée au lit lors des deux premières semaines qui suivaient la chimio) si bien qu’ils me disaient que j’étais en forme et trouvaient que j’avais vraiment le moral (je prenais ½ Lexomil le soir). Au début, je ne disais rien mais j’ai fini par déclarer mon état réel car ça avait le don de m’agacer. Je pense que ça les rassurait de me voir d’apparence en forme. Je pensais à certains malades qui deviennent totalement dépendants (en particulier une amie proche). Par respect pour eux et pour mon image, je ne voulais pas me montrer trop fatiguée.
Quand je parle de personnes de tous les jours, ce sont celles que je voyais sans plus de relations. Je n'y mets pas mari et enfants.
Je voulais également dire combien "Parle avec elles" est important pour moi. Les échanges avec des personnes qui ont connu ou connaissent la même chose que soi. Ce qui j'exprime ici, je ne peux pas toujours l'exprimer auprès des autres pour ne pas les encombrer ou parce qu'ils n'ont pas connu la même situation.
Bonjour Barbara, ce que tu écris là me touche beaucoup et je tenais à ce que tu le saches.
Je t'embrasse
Sophie,
J'ai réalisé la dimension que prenait ce site pour moi la semaine dernière.
Je t'embrasse.
Comment as-tu réalisé cela Barbara?