Précédemment sur Parle avec Elles : la princesse aux petits pois # 26
10 avril 2008
Pire que la chimio : la Marthe de Fresnay
Je craignais les effets secondaires de la chimio, mais ils ne sont rien comparés au violent mal de tête qui me vrillait le crâne à ma sortie de l'hôpital hier. La responsable ? Ma voisine de chambre, une robuste Sarthoise élevée au grand air avec l'accent qui roule et une voix de stentor à en faire péter la protection du néon de la salle de bains (c'est vrai, je vous le jure, elle est tombée par terre).
Sitôt arrivée, elle a passé une large chemise de nuit rose, s'est aspergée d'un parfum jaune pipi non identifié, a rajusté ses lunettes d'une main et pris la télécommande de l'autre. Moi, j'étais planquée derrière le rideau que j'avais eu la bonne idée de tirer avant son arrivée pour montrer que je voulais avoir la paix, le nez plongé dans mon bouquin, à redouter déjà la suite.
Ca a commencé par un concerto en la majeur de bruits divers mais parfaitement identifiables (intestinaux, buccaux et troudeballaux) dans la salle de bain qui se trouvait - forcément - juste à côté de mon lit. S'en sont suivis des coups de fil interminables avec le Jean-Pierre, la Bernadette, la Coco et consorts où elle décrivait avec force détails ses symptômes et ses (gros) bobos, ponctués tous les vingt mots de "heu là" (prononcer "heu-lau") pendant que moi, je me disais que je connaissais un excellent moyen de mettre un terme à ses souffrances. A noter quelques jolies expressions glanées au passage : "chou bucolique" pour "brocoli" ou "batch" pour "patch".
Visite aussi de ses soeurs dont une qu'elle n'avait pas vu depuis six ans, d'où de grands cris de joie. HELP !!! Ca s'est terminé en chansons (!!!) quand elles se sont mises à évoquer les airs qu'elles voulaient avoir à leur enterrement.
Et dans l'intervalle (quand elle ne parlait pas toute seule) elle regardait la télé. Et là, j'ai eu droit à la totale : Jean-Luc Reichman, Jean-Pierre Pernaud, Questions pour un champion (elle répondait aux questions !!!) et Plus belle la vie. Forte de cette activité, elle s'est effondrée le soir vers 21h30 devant Maison d'accueil qu'elle avait pourtant attendu toute la journée et mis « pas fort » (tu parles, elle était sourde comme un pot) et moi, j'ai enfin pu avoir la paix !!!
Pour être tout à fait honnête, je dois quand même mettre à son crédit les gros fous rires piqués à distance avec mon chéri et mes copines que j'abreuvais en direct de SMS.
Pour ce qui est des autres effets secondaires, pour le moment RAS hormis un très vague sentiment de nausée quand j'ai faim. Je croise les doigts pour que ça dure.
Le casque bleu
Même si l'issue est inéluctable (les produits qu'on m'injecte font tomber les cheveux), j'ai décidé d'essayer la technique dite « du casque bleu » pour retarder l'échéance. Le principe est simple et on ne peut plus esthétique : on vous plaque sur cheveux mouillés une sorte de bonnet de cosmonaute directement sorti du congel pour empêcher le produit d'arriver jusqu'aux racines. Saisissant ! Mais passé le choc, c'est supportable alors je l'ai gardé. On ne sait jamais.
Rêve, ma fille, rêve.
L'art de l'anticipation
Quand j'étais enceinte de mon aîné, j'ai découvert la sophrologie, c'est-à-dire l'art de se préparer mentalement aux situations nouvelles ou stressantes (voire les deux).
C'est ainsi qu'avant ma deuxième opération, je me suis exercée à me visualiser avec un côté plat orné d'un gros pansement et d'une grande cicatrice. Comme ça, le choc a été moins rude même si, encore aujourd'hui, je me contente de zieuter la merveille d'en haut pour dématérialiser la chose et ne surtout pas voir ma tronche dessus.
J'ai abordé la deuxième grande transformation physique de la même façon. Comme la perte de cheveux (puisque c'est de ça qu'il s'agit) semble inévitable avec les produits qu'on m'administre (et ce, malgré le « casque bleu »), j'ai préféré m'acheter une perruque et la porter avant d'avoir le crâne aussi lisse qu'une coquille d'œuf ou pire, pelé un vieux chien galeux.
C'est quand même moins dur d'aller faire des essayages chez la perruquière avec sa tignasse d'origine. Avec mon chéri, on a presque vécu ça comme un jeu sous le regard ahuri de la conseillère plus rompue à recevoir des gens effondrés que des petits rigolos comme nous. Me voilà donc en train d'essayer toutes sortes de perruques pour trouver la coupe la plus proche de mon style naturel. Je suis donc passée du châtain au blond en passant par l'auburn et le brun en quelques minutes (chose qu'on a rarement l'occasion de faire, non ?). Il y avait de tout : des perruques « choucroute », des perruques rebondies sur les côtés et plates sur le dessus (comme des pistes d'atterrissage à mouches), des perruques « casques », des perruques « chien fou », des perruques crantées, bouclées, effilées...
Une fois qu'on a trouvé la forme, il a fallu trouver la bonne couleur ce qui m'a valu un second, puis un troisième rendez-vous. Mais au bout du compte, j'ai fini par trouver un modèle assez proche de ma coupe initiale, même s'il est un peu trop volumineux à mon goût. Mais je suis sûre que dans quelques semaines, j'en serai très contente car je pourrai cacher ma sale tronche de cancéreuse dessous.
Sitôt achetée, sitôt mise après m'être fait ratiboiser la tête à trois centimètres du crâne ce qui est déjà très court. Là encore, j'ai trouvé ça moins dur de décider de le faire avant que ça devienne une nécessité. Ca m'aide à dédramatiser la chose pour moi et pour mon entourage et à m'habituer en amont au port de la moumoute et des foulards.
Frédérique"
La semaine prochaine sur "Parle avec Elles : "Scoop suivi de la sorcière".
Le blog de Frédérique, c'est ICI
Frédérique est aussi sur Facebook
Commentaires récents
Tu vois Sophie, tu peux redémarrer doucement, peu ...
Absolument d'accord avec toi...tout est dit...MERC ...
Je crois que chacune ici apporte et vient chercher ...
Mony, Je viens de lire tes propos et je voulais ...
Merci Mony de ce texte de révolte oui rien ne sera ...