Mon coiffeur me raconte...

La maman de mon coiffeur a eu un cancer et nous en parlions un jour qu'il était tranquillement entrain de me couper les cheveux.
Nous évoquions bien sûr ce moment délicat ou le passage à l'acte, se raser la tête, devenait évident.
Il me raconte comment cela s'est passé avec sa maman, de pleurs en crise de rire nerveux.
Puis il me dit n'être capable d'affronter cette épreuve qu'avec des clientes proches.
J'ai pensé, bien plus tard dans la journée alors qu'il m'avait quitté depuis une heure ou deux, que je comprenais fort bien sa position.
Il n'est pas facile d'être fort face à cette situation.
Il n'est pas simple de savoir s'il faut utiliser les mots ou pas, mettre de la musique en fond pour adoucir les coeurs.
Non, vraiment, affronter le cancer n'est facile pour personne.
Ni pour la personne concernée ni pour les personnes qui entourent de près ou de loin.
Qu'en pensez-vous et comment votre coiffeur vous a t-il aidé à ce moment là?

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Et bien pour moi, je n'ai pas eu le courage de me rendre chez mon coiffeur, ni à l'institution ou j'avais acheté ma péruque. J'ai demandé à mon mari de me raser la tête. Il a accepté sans réticence, il m'a dit "d'habitude c'est toi qui me rase maintenant c'est à mon tour". Le fait de me raser la tête était pour moi quelque chose de très personnel, si mon mari n'aurait pas voulu, c'est moi qui aurait pris la tondeuse. Je suis persuader que j'aurais pleuré comme une madelaine si je l'avais fait ailleurs. Chez moi je me doit d'être forte, pour mon mari et pour mes filles.
J'avais prévenu mes filles que leur papa allait me raser la tête. La plus petite tenait absolument à me voir raser, au début je ne voulais pas, je portais ma perruque et puis un jour elle est venue vers moi et a voulu la soulever pour voir, je l'ai laissé faire, elle a trouvé que j'avais un jolie crane, et elle l'a essayée ce qui nous a fait bien rire. Par contre ma grande fille, elle était génée, elle n'a pas voulu voir. J'ai fait extrêmement attention à ce qu'elle ne me voit jamais la tête dénudée.
J'ai fait semblant devant tous mes proches que cela ne me faisait rien, que de toute façon ils allaient repousser. Mais j'avais en horreur cette vision de moi chauve,sans cil, sans sourcil, car là pas de triche, le miroir me disait tu as un cancer. Heureusement depuis ils ont repoussé, ils sont magnifiques, je n'arrête pas de les toucher. Que cela fait du bien.
Pour toutes celles qui n'en sont pas encore là, courage, courage, courage;;;;;

Merci Augustin pour ton témoignage qui n'a pas du être facile à écrire.
Il me touche beaucoup.

Tu vois Augustine je trouve que c'est une belle image d'un couple uni ce geste effectué par ton mari. Une grande marque de confiance d'un côté comme de l'autre.
En ce qui me concerne c'est le perruquier qui me les a rasés. Ca n'était pour moi qu'une simple formalité. Au contraire même. J'avais tout fait pour qu'ils partent le plus rapidement possible en tirant dessus la tête baissée au dessus de la baignoire.
Je trouvais plus traumatisant d'en trouver partout dans la maison, sur mon oreiller ou dans l'eau de mon bain.
Je me suis ainsi évité ces visions qui ne sont pas réjouissantes.
Et puis quand j'ai été rasée, j'ai trouvé que c'était beaucoup plus joli que les trois poils qui me restaient sur la tête..
Et je crois aussi que c'était le dernier pas pour franchir la frontière entreces deux "mondes" dans lesquelles j'oscillais.
Voila, j'étais vraiment du côté des "cancéreux".
J'avais ma carte de membre, mais je devais prouver encore finalement que j'en faisais partie.(un peu comme tu veux rentrer en boite, que tu as 18 ans et que tu ne les fais pas) Et ca, c'est vrai pour celles qui ne perdent pas leurs cheveux.
Finalement est-ce si avantageux que ca pour être reconnue comme étant malade de les conserver?

C'est une très bonne question que tu poses là charlotte !

Comme Charlotte, je me suis fait rasée chez le perruquier. Ils ont l'habitude, ça ne les choque pas de faire ça. La coiffeuse s'est montrée très gentille et très naturelle, sans apitoiement. Mon mari était avec moi, et on s'est dit qu'il valait mieux le prendre à la rigolade. Je l'ai fait 1 semaine après la première chimio et presque sans regret, si je puis dire, puisqu'ils étaient devenus mous et ternes, déjà tués par la chimio.
Et puis, c'est moi qui décidait de les raser (en même temps, quel autre choix ?), ce n'est pas la chimio qui les faisait tomber, et ça a fait une différence.

Moi je suis allée chez le coiffeur avec mon petit garçon (il avait 2 ans), j'ai d'abord demandé une coupe pour le petit puis je me suis lancée à demander qu'on me rase la tête. J'avais un foulard et dessous des mèches éparses très moche.
Quand j'ai enlevé le foulard, il y a eu un silence terrible pendant plusieurs secondes, même les clients qui étaient là, tous le monde. La coiffeuse a fini par m'articuler un "je ne l'ai jamais fait", ce à quoi j'ai répondu doucement "moi non plus".
J'en garde le souvenir d'un moment difficile pour tous le monde... Et puis c'est passé, ça à repoussé... C'est bête mais je n'ai jamais osé retourner chez le coiffeur...

Quand je suis allée me faire raser la tête, j'y suis allée avec mon mari avec qui j'avais également choisie la chevelure. Mes cheveux étaient terne et je les perdais rien qu'en les tirant à peine. Il était important pour moi qu'on ne voit pas sans cheveux. La coiffeuse nous a toujours reçu dans une autre pièce que son salon de coiffure. Ca, c'était super agréable. Par contre, je voyais mon crâne tondu quand j'étais assise. C'était une grosse boule. Alors, la coiffeuse m'a fait mettre debout, c'était mieux.
A la maison, avec la permission de mes proches, j'ai pu me mettre tête nue. Je trouve cela plus agréable que d'avoir toujours quelque chose sur la tête. Mon mari qui a beaucoup d'humour m'appelle quelques fois "Kojak". Ca m'amuse.
Un jour, mon chat angora m'a vu. Il avait les yeux bien ronds et fixés sur mon crâne pendant un moment. Il était vraiment interloqué. On a imaginé qu'il pensait "Pourvu que cela ne m'arrive pas ?"

"Est-ce que je vais perdre mes cheveux?"
Voici la première phrase que j'ai formulée, les premiers mots qui sont sortis de ma bouche face au cancérologue après un long moment de silence. Il a aussi parlé du casque réfrigéré et de cette petite chance (toute petite tellement infime)que j'avais de pouvoir les garder grâce à lui. Pourtant le jour de ma première cure, l'infirmière m'a affirmé que c'était impossible, que les traîtements que l'on allait m'administrés étaient ce qu'il y avait de plus fort et que je n'avais aucune chance de garder mes cheveux. Le docteur, lui, avait dit autrement. Il avait dit qu'il y avait une chance... Je me suis accrochée très fort à cette idée et j'ai accepté l'injection du produit rouge grenadine... :-(

Je ne perdrais pas mes cheveux.

Le jour de la fête des mères, dans ma salle de bain et deux jours avant la deuxième cure, des cheveux sont restés dans ma main. Alors c'était ça... Mes cheveux qui pourtant tenaient bien à mon crâne encore hier partaient en vrille aujourd'hui... Bonne fête maman! Le lundi, la veille de mon traîtement je suis allée me faire rasée la tête à l'institut où j'avais achetée ma prothèse capillaire. Au début j'ai fait ça parceque j'étais complètement afolée par tous ces cheveux qui tombaient par poignées. Un moment de panique, je ne voulais plus les toucher, ne plus les voir chuter comme ça, c'était insupportable. Pour la première fois... J'ai eu vraiment peur de la maladie. Pour la première fois, je prenais conscience de la force de l'ennemi qui se dressait devant moi... Il était affreusement terrifiant. Pour la première fois, j'avais la trouille!!!

Quand la tondeuse a retenti, des cheveux sont tombés sur le sol. Ce bruit... et ce moi qui tombait pour la première fois, ces morceaux de moi, morts et jettés sur le sol... Je n'oublirais jamais. J'ai pleuré. Pour la première fois j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps qui coulaient à toute vitesse. Je capitulais, j'avais alors perdu mon premier combat contre le cancer en comprenant pour la première fois qu'il était vraiment vraiment méchant! Qu'il ne me ferait pas de cadeau. Ca y est ma machine contre le cancer était en route. J'étais entrée dans la maladie avec ces cheveux en moins. Anéantie certes, mais ce jour là en me faisant rasée la tête, je reprenais le dessus, sur lui... Ce n'est pas lui qui me prenait mes cheveux, mais moi qui décidais de me les hôter. Quand la coiffeuse a passé le balais, ça m'a fait comme un boom à l'intérieur de moi. C'était insupportable! Je lui ai demandé de les garder. Elle est allée cherchée une minuscule pochette cadeau et a glissé quelques mèches de cheveux à l'intérieur. Quelques mèches seulement! Dans une MINUSCULE pochette. Le reste allait aller à la poubelle! Elle est allée dans l'autre pièce pour chercher le balais, je me suis empressée de ramasser plusieurs poignées que j'ai vite glissées dans mon sac. Une amie m'attendait dans le couloir... Je n'ai jamais voulu me montrer comme ça. Ce crâne chauve, c'était mon moi malade, c'était le cancer en personne. Pendant 8mois, j'ai fui le miroir et réussi à ne pas me voir. J'ai réussi à trouver des moyens pour contourner cette image de moi qui partait en lambeau. Je ne me voyais pas, ne me touchais jamais le crâne... Je me suis vraiment bien débrouillée là dessus. Trop bien... Tout le monde n'y a vu que du feu! La première fois où j'ai été confrontée à cette image physique du cancer fût au lendemain de mon opération, quand les aides soignantes sont venues me faire ma toilette (car j'étais dans l'impossibilité physique de pouvoir le faire). Elles m'ont enmenée dans la salle de bain, et là face au miroir, le crâne nu et chauve, je me suis vue pour la première fois depuis ma vie avec le cancer... Et, ce qui reste le plus étrange, c'est que ce fût comme si sans me voir je m'étais déjà vue enfin de compte...

Sans doute parce que tu savais déjà cerize.

Je suis allée chez la coiffeuse chez qui j'avais choisi ma perruque.C'était dans la semaine après la deuxième cure, je me rappelle ne pas avoir pu aller chez le coiffeur car c'était un lundi. Et j'ai du attendre un jour ou deux car je n'étais pas en état de faire les 80 km qui me séparer du coiffeur et dans l'incapacité d'aller ailleurs.
Une grande amie était avec moi ce jour là.
J'avais peur de ma réaction, et j'ai été surprise de ne pas l'avoir mal vécu
La coiffeuse m'a rasé à un mm. Elle l'a fait très délicatement, je ne m'en souviens pas comme d'un moment difficile puis elle m'a massé le cuir chevelu et on a mis la perruque que j'avais choisi complètement différente de ce que j'avais avant...... Il faut dire que j'avais les cheveux longs voir très longs.
De plus à chaque entretien elle m'offrait un massage du crane ( cad toutes les trois semaine avant la cure ma perrue et moi allions faire un tour chez le coiffeur, c'était le bonus de la journée)
J'ai pris des photos de ce jour, avant,après et avec la perruque.
Je me trouvais bien aussi tête nue, mais pour mon fils j'avais toujours ma perruque et parfois un foulard surtout le matin au réveil!!

En fait je me voyais comme une moniale bouddhiste!!!
Je n'ai pas eu trop de mal à me regarder dans la glace, découvrant une partie cachée de mon individu, je l'explorais.....:-)

Lors d'un repas de famille tous le monde a essayé la perruque: mes parents, mes enfants, mon gendre et même ma grand mère de 97 ans qu'est ce qu'on a ri!!!!.....Et encore des photos
Ma grand mère, du coup, aurait voulu en avoir une aussi car franchement elle ne supportait plus de ne plus être toujours bien coiffée!!! Il n'y as pas d'age pour être coquette

Super tes petites anecdotes Halize. C'est en effet super important de pouvoir se sentir naturelle et belle au naturel (ou presque) devant ses proches... Personnellement, je me suis cachée mais paradoxalement, j'aurais tellement aimé pouvoir me montrer tête nue ou même en foulard devant ma proche famille... Non au lieu de ça, je me suis toujours infligée le port de la prothèse... Et pourtant je détestais ça. Mais je n'ai pas été assez courageuse. Mais quand je lis des histoires comme les tiennes Halize, ça me remplit d'émotions et je ris à vos côtés...

Halize, je viens de penser à quelque chose en te relisant.
Tu dis : "Je n'ai pas eu trop de mal à me regarder dans la glace, découvrant une partie cachée de mon individu, je l'explorais.....:-)".
Je ne sais pas comment tu es née, avec cheveux ou sans cheveux.
mon fils est né avec peu de cheveux sur le crâne.
Il est resté Kojak pendant presque un an.
Il a un délicieux petit grain de beauté sur le haut de sa tête.
Comme il était chauve, on ne pouvait pas ne pas le remarquer.
Quand je venais de lui donner la vie, je lisais un livre qui disait (je je ta fais rapide) : apprenez à connaître votre bébé, ses genoux, la forme de son crâne etc.
Je le regardais beaucoup, le massais beaucoup aussi.
Et j'ai pris des photos de sa tête nue, avec son petit grain de beauté.
Je me suis dit : voila quelque chose que je connais de lui qu'il ne connaîtra pas plus tard.
C'est bête mais ton commentaire m'évoque cette période de ma vie.
si cela se trouve, ta maman te connaissait ainsi, tête nue.
Ce n'est donc pas une nouveauté...Mais le retour à une période de ta vie.
Qu'en penses-tu?
@ Cerize, tu as fait comme tu as pu, je t'assure.

Cerize, il ne faut pas regretter tes choix d'alors. Tu as réagi ainsi à l'époque, c'est ce qui te semblait le mieux. Je crois, au contraire, qu'il t'a fallu beaucoup de force pour te priver de l'aide de ton entourage...
Il faut aujourd'hui aller de l'avant et, il me semble, que sur ce chemin, tu es dans la bonne direction.
Bisous ensoleillés
Mony

Je te suis à 100% Mony.

Merci Mony pour tes tendres encouragements. Ton message laissé sur mon blog me va droit au coeur vraiment. Merci d'avoir pris le temps de m'écrire... Tu peux faire ce lien vers mon blog si tu le souhaites je t'y autorise. Mais tu sais, parfois la meilleur des volontés ne suffit pas lorsque les maux sont douloureux. J'ai peut être eu beaucoup de courage en voulant à tout prix me débrouiller seule, peut être n'ai-je pas eu le choix... En tous les cas je le paye très cher. J'aimerai écrire un texte sur Parles avec Elles, je ne sais pas si je vais y trouver quelquechose. Mais je suis si désemparée aujourd'hui, je ne sais plus vers qui me tourner. Mais je crois que je suis en train de dégringoler toute seule dans mon coin.

Bon Cerize, il faut prendre les choses une par une.
Essaie de nous en dire un peu plus, peut être pouvons-nous, à un certain niveau t'aider un petit peu.
S'il s'agit de douleurs physiques, là, il ne faut pas hésiter, craindre de "déranger" encore une fois, il te faut retourner vers un centre médical, on DOIT te soulager.
Par contre si tu es désemparée dans le sens " je ne sais plus où j'en suis, je suis mal dans ma peau, je n'y arrive pas ou plus ", là Cerize, je crois qu'on peut vraiment faire partie de ta panoplie de secours. ON est là. Comme je te l'écrivais hier, tu as le droit de dire ta colère, de le crier si nécessaire, tu peux écrire, pour toi, ou à d'autres ( nous ), ne reste pas avec quelque chose qui te ronge, qui te blesse.
Tu sais Cerize, je trouve que tu as progressé car maintenant tu dis " je", tu ne dis pas "Cerize a fait". Tiens nous au courant, reviens vers nous, ici il fait bon, il y a des sourires.
Je t'envoie des milliers de bisous ensoleillés
Mony

Cerize, je te redis ce que je t'ai dit auparavant, tu peux venir nous parler mais si tu te sens vraiment mal, je pense aussi qu'il y a des personnes qui peuvent t'apporter beaucoup.
Ils sont psychologues ou psychiatres , et sauront comment te remettre sur ta route qui a été bien bouleversée.
Nous saurons t'apporter la chaleur mais ne saurons te remettre dans le cours de ta vie.
Tu dois savoir aussi que si tu n'oses pas aller voir un psy en face à face car la démarche te semble trop douloureuse, qu'il existe des solutions virtuelles.
Je pense notamment à "mail de nuit de Tribu Cancer".

Mail de nuit, c'est :

Un service gratuit et personnalisé destinées aux personnes atteintes d’un cancer et à leurs proches
Une permanence de nuit de 21h à minuit, tous les soirs de la semaine, y compris le week-end et pendant les vacances
La mobilisation de psychologues et étudiants en psychologie formés et placés sous la responsabilité d’un psychologue
Un respect des règles de confidentialité.
Pour accéder au service il suffit de contacter les psychologues, par mail, à maildenuit@tribucancer.org . Une réponse dans l’heure sera donnée.

Je te donne cette info et si tu le veux, je peux t'aider à les contacter.
Dis-moi ce que tu en penses ma belle et à très vite.

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